_____Toute la difficulté pour jouer ma musique c’est que le musicien ne peut jamais s’installer dans une routine répétitive ! Car à chaque fois il y a un décalé, un changement temporel, une note qui est différente dans la même cellule…Il n’y a que l’auditeur qui peut s’installer dans la musique.
_____J’ai eu une période très radicale durant 6 ou 7 ans où je n’ai composé que de la computer music, entre 1986 et 1993. Puis je suis revenu à la musique répétitive, mon cello contrepoint – le serpent d’or en 94 et ensuite à la musique instrumentale mixte. Cette rupture a été difficile à gérer mais elle a été très enrichissante pour le devenir de ma musique. Je ne pense pas que je ferai la musique que je fais maintenant sans être passé par cette rupture esthétique.
____J’ai écris la computer sonate en 98. Caroline Dooghe était au violon et Annie Delplanque à l’alto. Ma première idée était de la laisser instrumentale mais très vite le son électronique me manquait. J’ai donc repris cette sonate au début des années 2000 et j’ai commencé à la déstructurer avec les couleurs que pouvait me donner l’ordinateur en traitant le son de ces violons.
Je me suis échappé de la partition réelle et c’est devenu une œuvre quasi électronique, une compression à la John Cage, ou mon Wagner Express. Comme le timing n’était plus du tout le même, on ne pouvait plus jouer et suivre ce que j’avais écris. J’ai donc gravé cette bande de musique électronique, j’ai repris ma partition originale et j’ai extrait quelques cellules qui doivent être jouées en direct par un violoniste, mais ça peut-être aussi un violoncelliste (il suffit de transposer l’écriture) ou encore un clarinettiste basse. J’ai réécrit la partition sous forme d’une graphic score avec ces cellules musicales qui sont a jouées dans un ordre aléatoire. En fait j’ai fait du recyclage de ma propre musique. J’ai trouvé cette idée intéressante.
____J’ai composé le « Gai savoir » en 1984. il s’agissait d’une commande pour la radio. En fait l’intro servait de jingle. Il s’agissait de ma première pièce que j’écrivais avec ce petit ordinateur le CX 5 m yamaha et je voulais savoir si cet ordinateur pouvait gérer les décalages rythmiques. Et en fait il l’a très bien fait et J’ai réalisé des sons de synthèse. La pièce était good excepté le son ! (Mon studio n’était pas au point acoustiquement.)Mais comme je venais d’être invité à l’IPEM de Gand, je me suis dit je vais remixer cette pièce au studio, ce que j’ai fait avec Ivan.
Mais un peu plus tard Lucien Goethals est arrivé dans le studio et il m’a demandé ce que c’était… ?moi, sachant qu’il était sérialiste pur et dur, je lui ai dit « c’est rien, c’est, juste un travail alimentaire pour la radio… » Ensuite nous avons eu une discussion sur la musique répétitive, c’était pas sa tasse de thé, mais il n’avait rien contre.
J’ai été très étonné de son ouverture d’esprit !
Juste après, j’ai composé « L’orpheon de Jade », mais cette fois c'était une pièce officielle pour l’IPEM. Alors comme d’habitude, j’ai déposé la bande magnétique sur son bureau, le soir…curieux et à la fois inquiet de ce qu’il pouvait bien me dire cette fois…Nous étions en 1985…
Je reviens quelques jours après et…idem tout sympa, il avait bien apprécié la pièce et nous avons eu une discussion plus approfondie sur la musique tonale, la musique répétitive, le sérialisme…etc Il m’a parlé de l’école américaine de Terry riley, Steve reich, qu’il aimait bien. C’était bien la première fois que j’entendais un compositeur sérialiste me parler sans haine de la musique tonale répétitive. Ces compositeurs avec John Cage, ont réellement donné un coup de pied dans la vieille musique contemporaine ! ils sont rock ! Je ne sais pas comment aurait été reçue ma musique aujourd’hui sans les débats, la couverture médiatique qui a été faite autour de la musique de phase, répétitive, tonale, minimaliste…etc
____En 1972, j'étais guitariste dans un groupe de rock progressif. On jouait dans les boites, le gibus club, le golf Drouot à Paris où on a d'ailleurs remporté le tremplin. A cette époque c'était important ! des festivals, ou encore l'émission de José Arthur le Pop club...en 1973 le groupe a " splitté ", j'étais alors étudiant aux Beaux-arts et j'ai commencé à faire de la musique répétitive seul avec des magnétophones et des installations sonores. J'étais influencé par Terry riley, le psychédélisme, l'école Allemande dont on parle d'ailleurs assez peu mais qui était très importante, Klaus Schulze, Tangerine dream, Ashra Temple...etc et puis John Cage que je trouvais fascinant.
____Je ne peux pas envisager une oeuvre musicale sans les nouvelles technologies. Le son électronique permet de développer les couleurs des instruments classiques et de tendre vers l'infini sonore."
" It's difficult for me to imagine "New Music " without the technologies. I work with machines since seventies ! The electronic sound allows to develop the colours of the classical instruments and to go towards the infinity of sound. "
____" Ja, nu ik woon in west vlaanderen. I like very much this country. All is cool here and people are nice. I think that’s important to an artist to move, to discover another culture. For the first time I saw non official art here…it's great ! and...
____Oh ! Il n'était pas facile de s'inscrire dans le courant de la musique répétitive dans les années 70, 80 et même 90 en France, de plus avec de l'electro ! J'ai enfin pu faire un concert en 2003...disons que ça s'est amélioré depuis les années 2000 ! Mais bon...tu sais on en est seulement à découvrir le concept des formes inachevées en musique au louvre....Y'a encore beaucoup de boulot ! ! !
____J'aime beaucoup que le son soit sensible, c'est pourquoi l'idée d'une musique chargée d'une certaine sensualité me plait beaucoup. C'est un peu cette idée du beau, ou des émotions qu'on a tendance à rejeter dans la sphère artistique contemporaine et qui pourtant, est de plus en plus nécessaire à ma réflexion artistique. En tout cas c'est ce que je crois depuis quelques années. Mais j'aime aussi un son neutre. Je ne suis pas difficile..
____Je déteste les oeuvres qui font appel à cette idée de performance dans la technique instrumentale. On peut très bien faire de la bonne musique avec des musiciens amateurs....
____Oui bien sur, il y a maintenant beaucoup de compositeurs qui parlent d'interdisciplinarité. C’est un peu une mode depuis les années 90...c'est branché ! Mais j'entends parfois beaucoup de conneries ! Récemment j'entendais un compositeur qui fait autorité dire que Kandinsky appartenait à la modernité !
Ben voyons….c’est quoi la différence entre le modernisme et la modernité ?…