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Ce livre d'art de 120 pages d'une dimension de 21 cm x 26 cm
est imprimé sur du paper d'art de 160 g/m2
On y trouve les 12 textes du compositeur et d'autres, des reproductions de ses partitions et de ses peintures et également le double CD Sneeuw " minimalist
  
La déchirure (Extrait)

J'ai toujours eu cette impression étrange, que lorsque j'avais pris la décision de rompre avec le simulacre de ce qui fait l'apparence de nos sociétés civilisées d’être passé de l’autre côté du miroir et de m’être immergé définitivement dans l’infini que tissent mes rêves.

Ce sentiment d’immersion était devenu ma raison de vivre et je savais que plus rien ne pouvait me faire revenir en arrière.

J’oubliais définitivement qui j’avais pu être ou celui que j’aurai pu être pour devenir ce que la raison de mes rêves voulait que je sois.

J'avais volontairement choisi de me mettre en marge pour vivre dans cet univers où les émotions étaient la seule réalité qui pouvait me permettre d'échapper aux conversations banales.
Je savais cependant que cette frontière que je venais de passer était illusoire et que sans cesse
il me faudrait  me dédoubler face aux invites du monde pour survivre

Le double m'accompagnerait tout au long de ma vie comme un instrument de mesure qui évaluerait en permanence  la distance qu'il y avait désormais entre moi et moi entre toi et moi   Elle.

Le franchissement que je m'étais imposé était en fait comme une porte sur une scène de théâtre.
Une porte   sur une scène de théâtre n'est jamais faite pour être franchie  
mais pour être vue comme une porte de théâtre
Il en est de même pour une fenêtre qui laisse entrevoir un ciel bleu
Claire s'arrêtera à la porte laissant sa vie devant la fenêtre

La distance qui me sépare de la fenêtre me condamne alors à faire une radiographie de mon cerveau, un état des lieux, pour comprendre que cette distance me séparait définitivement de mes rêves immédiats et me poussait dans ce temps qui passe.
Un mal-être m'envahit et m'obligea à vivre dans la déchirure. Il me fallait tuer le temps pour le mettre à distance et croire au rêve de ma création.
Croire à cette illusion créatrice était ma survie.

la musique, comme une vraie serrure d'une fausse porte, était la clé de ces distances qui n'ont fait que jalonner ma vie.
Une ligne droite, une diagonale, une sinusoïdale  prennent des proportions démesurées devant la réalité de l'absence

parfois brisée le temps d'une conversation   d'un déjeuner   d'une nuit qui se déconstruit le lendemain.
Tout comme la musique qui permet d'atteindre les hauteurs les plus vertigineuses    mais qui     se défait pourtant aussitôt   à chaque seconde nous laissant comme funambule de notre propre vie.
Il ne reste alors plus que la distance entre ce qui reste d'une émotion et ce qui déjà se déconstruit.
La plus haute expression du génie humain était une déconstruction de tous les langages     elle était, elle aussi, une déchirure
La distance qu'il y avait entre elle et moi était une déchirure qui m'obligeait à vivre en exil d’elle-même

Et pourtant la porte qui est à coté de la fenêtre est munie d'une vraie serrure Claire a tourné la clé dans le silence en pensant que l'envers était imaginaire

mais le désir  n'est pas imaginaire   il se soumet à sa propre imagination dans lequel il s’est jeté

Là où j'étais, je ne suis plus là, là où elle était, tu n'es plus là sans doute que deux événements ne peuvent se trouver au même endroit en même temps et seul compte la distance qui sépare ces deux événements 2 km  50000 km.

Il est toujours très difficile de résister à l'appel de l'imagination c'est comme un cri muet qui résisterait au souffle de sa propre vibration
 
Claire est muette en regardant la porte je pense que c'est à cause de l'interrupteur qui se trouve entre la fenêtre et la porte
Je suppose que cet interrupteur n'a aucune fonction réelle si ce n'est celle de rendre le ciel à la lumière

Supposons que Claire décide d'illuminer le ciel    la distance ne serait plus la même entre elle et ce qu'elle imagine elle deviendrait peut-être aveugle
À moins que cette lumière lui permette de localiser ce qui l'empêche de crier ou tout simplement me permette de voir ce qu'il y avait derrière cette porte   la souffrance serait alors extrême

Nous serions alors comme les deux extrémités d'une aiguille d'une boussole qui cherchent une direction   ou plutôt qui hésitent quant à son point d'attraction    tout comme ces notes de piano qui égrènent le temps avant de se poser sous mes doigts hésitants

Mais hésitation n'est pas  synonyme de boussole

Une boussole indique toujours une direction   un point dans l'espace   un lieu

Quel serait alors le degré de longitude et de latitude qui permettrait de rendre cette distance plus courte et de suspendre le temps qui contient cette hésitation
Comment rapprocher le corps de la note de son lieu imaginaireUn corps n'est pas imaginaire   le rapprochement de deux corps peut être imaginaire

Quelle aiguille pourrait recoudre cette déchirure aux contours imprécis
Cette question n'est probablement pas la bonne car les contours sont toujours précis    c'est la forme qui est vague cela dépend de la distance à laquelle on la regarde.........................................................ETC

© - Patrick Dorobisz 2005
  
The tear (Excerpt)


I have always had this strange impression that once I had made the decision to break from the pretence of what appears to be our civilised societies, I’d crossed over to the other side of the mirror and immersed myself for good in the infinite woven by my dreams.

This feeling of immersion had become my reason for living and I knew that nothing could ever make me turn back again.

I forgot forever the person I was or the person I could have been, to become what the reason of my dreams wanted me to be.

I had willingly chosen to confine myself to the fringes, to live in this universe where emotions were the only reality that could allow me to escape from everyday conversations.
I nevertheless knew that this border I had just crossed was an illusory one and that, when faced with the invitations of the world, I would have to split my personally endlessly in order to survive

The double would accompany me throughout my life as a measuring device which would continually assess the distance there would be henceforth between me and me, between you and me
Her

The crossing-over that I had imposed on myself was in fact like a door on a theatre stage.
A door on a stage is never meant to be passed through but is meant to be seen as a theatre door.
The same applies to a window which allows a glimpse of a blue sky
Claire will stop at the door, leaving her life in front of the window

The distance which separates me from the window condemns me therefore to make an X-ray of my brain, take an inventory, to understand that this distance separated me forever from my immediate dreams and pushed me into this passing time.
An existential pain invaded me and forced me to live within the tear. I had to kill time to keep it at a distance and believe in the dream of my creation.
Believing in this creative illusion was my survival.

Music, like a real lock on a fake door, was the key to these distances which have constantly punctuated my life.
A straight, diagonal, or sinusoidal line takes on exaggerated proportions when faced with the reality of absence

Sometimes broken for the length of a conversation
A lunch meeting
A night which deconstructs itself the morning.
Just like music, which makes it possible to reach the most dizzying heights
But which instantly undoes itself
Every second
Leaving us to walk the tightrope of our own life.
All that remains then is the distance between what is left of an emotion and that which is already deconstructing itself.
The highest expression of human genius was a deconstruction of all languages. This, too, was a tear
The distance there was between her and me was a tear which forced me to live in exile from herself

And yet, the door which is beside the window is equipped with a real lock
Claire has turned the key in the silence, thinking that the other side was imaginary

But desire is not imaginary
It submits to its own imagination, into which it has thrown itself

Where I was, I am no longer, where she was, you are no longer
There is no doubt that two events cannot occur at the same place at the same time and all that counts is the distance which separates these two events – 2km, 50,000km.

It is always very difficult to resist imagination’s call
It is like a mute cry which could resist the breath of its own vibration

Claire is mute as she looks at the door
I think that’s because of the light switch situated between the window and the door
I suppose that this switch has no real function, other than to return the sky to the light

Suppose that Claire decided to light up the sky
There would no longer be the same distance between her and what she imagines
She might go blind
Unless this light let her locate what is stopping her from crying out, or simply allowed me to see what was behind that door
The suffering would then be extreme

We would then be like two ends of the needle on a compass,  which seeks a direction
Or rather hesitates over its point of attraction
Just like the notes on this piano, which mark out the time before settling beneath my hesitating fingers

But hesitation is not synonymous with compass
A compass always indicates a direction,
A point in space
A place

What, then, would be the degree of longitude and latitude which would let one shorten this distance and suspend the time which contains this hesitation ?
How could one bring the body of the note closer to its imaginary space?

A body is not imaginary
Bringing two bodies closer together can be imaginary

What needle could sew up this imprecisely outlined tear
This question is probably not the right one for outlines are always precise
It is the shape that is imprecise
It depends on the distance from which one looks at it ..........ETC


© - Patrick Dorobisz 2005





  
minimalist composer Patrick Dorobisz - Computer music, Experimental Music, Minimalist music, New contemporary music
dorobisz
patrick
ART BOOK
INTRODUCTION
J’ai appelé ce livre poésie mais bien entendu il ne s’agit pas de poésie au sens traditionnel du terme mais j’avais vraiment envie d’appeler ce livre poésie et comme il y avait douze textes que je considère comme de la poésie j’ai donc mis comme titre 12 car il faut toujours mettre un titre sinon on ne sait jamais de quoi on parle 12 textes qui parlent de la musique de la femme de l’amour de la poésie et bien d’autres choses mais il faut bien entendu lire le livre pour s’en souvenir pour pouvoir en parler et le chiffre 12 permet de se souvenir car ce n’est pas un titre qui raconte une histoire je n’aime pas les histoires douze est un nombre sur lequel on peut déjà beaucoup parler comme les douze notes aussi de cette façon je me souviens que c’est un livre où il y a douze sons car on peut considérer qu’un texte est un son qui dure pendant un moment et que dans ce son il y a des variations sur lesquelles on peut s’attarder et ainsi penser le sens d’une phrase mis en image ou écrite en caractère gras et qui se détache du texte général une phrase qui permet de penser à son sens réel ou imaginaire comme les infimes variations d’un son tenu qui se répète bien plus que douze secondes c’est un peu la poésie du temps dans le son qu’on écoute et comme on écoute en lisant aussi une partition je me suis dit que je pouvais ajouter quelques pages de mes partitions tout comme certains textes qui parlent de ma musique alors bien sur ces textes ne sont pas poétiques mais ils renvoient toujours à quelque chose de poétique car la musique est aussi de la poésie les sons qui se dégagent de ma musique sont comme les couleurs de mes tableaux alors j’ai également ajouté quelques reproductions de mes tableaux car un tableau est aussi une forme poétique sur une surface même si c’est aussi un morceau de temps mais ce n’est pas un livre d’art où on peut y voir toutes les reproductions de mes tableaux, ni même un livre de partitions ou encore un livre musicologique mais c’est un livre qui s’appelle 12 qui parle de poésie où j’ai également ajouté à l’intérieur 2 cds de ma musique.
  
12 - Livre d'Art et de Poésie de Patrick Dorobisz
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